MARÉCHAL Marcel
Comédien français, metteur en scène et directeur de compagnie.
Que ce soit à Lyon ou à Marseille, Maréchal est passé d'un lieu peuplé d'ombres à un lieu neuf : à Lyon, du petit théâtre de la rue des Marronniers, où avait également débuté Planchon (100 places, de 1960 à 1968), au théâtre du Huitième (1 100 places, de 1968 à 1975). À Marseille, du théâtre du Gymnase, rue du Théâtre-Français, où s'étaient également produits Vitez et Bourseiller (520 places, de 1975 à 1981), à La Criée (deux salles de 300 et 900 places à partir de 1981). Mais c'est dès 1958 que Maréchal, après des études de droit, crée une troupe : les Comédiens du Cothurne. Déjà attiré par le théâtre de texte, il propose Synge (L'Ombre de la ravine, 1959), Arrabal (Oraison, 1960) ; Obaldia (L'Azote, Le Général inconnu, 1961), Fry (Faux jour, 1961), Beckett (Fin de partie, 1964 et qui fera l'objet de reprises), Georges Limbour (Élocoquente, 1965). Et, surtout, Audiberti (L'Opéra du monde, 1964, et Le Cavalier seul, 1963, première mise en scène de Maréchal à susciter l'attention de la critique parisienne), Vauthier (Badadesques et Capitaine Bada, 1966), Louis Guilloux (Cripure, 1967). Sa passion pour le théâtre du verbe vénère les classiques (La Paix d'Aristophane et La Mort de Danton de Büchner en 1969, Roméo et Juliette de Shakespeare en 1971, Hamlet en 1973) et révèle les contemporains (Vauthier avec Le Sang en 1970, Kateb Yacine avec L'Homme aux sandales de caoutchouc en 1971, Weiss avec Hölderlin en 1974) tout en valorisant le théâtre populaire (La Moscheta d'après Ruzzante en 1968, 1970, 1976 ; Fracasse d'après Théophile Gautier en 1972, 1973, 1974).
Après un spectacle d'adieu aux Lyonnais, écrit par M. Maréchal (il a écrit aussi L'Arbre de mai, mis en scène en 1984), Une anémone pour Guignol, la troupe du Cothurne arrive à Marseille et change de nom : la Compagnie Marcel Maréchal, qui acquiert le statut de théâtre national de région à partir de 1981. Elle poursuit ses activités avec ses favoris (Guilloux et la reprise de Cripure en 1977 ; Vauthier et la création de Ton nom dans le feu des nuées, Élisabeth en 1976 et la reprise de Capitaine Bada en 1986), Audiberti et Opéra parlé en 1980 ; avec des classiques (Le Malade imaginaire en 1979, Les Fourberies de Scapin en 1981, Dom Juan et L'École des femmes en 1988) et avec ses préférences contemporaines : Novarina avec Falstafe en 1976, Florence Delay et Jacques Roubaud avec Graal Théâtre en 1979, Laville avec Le Fleuve rouge en 1980, Jean-Pierre Faye avec Les Grandes Journées du père Duchesne en 1982, J.-L. Bourdon avec Jock en 1988, sans oublier les partis pris de théâtre populaire avec Les Trois Mousquetaires d'après Dumas en 1982. Acteur tout à la fois exubérant et maîtrisé, qui, considérant le texte comme une partition, varie les registres, Maréchal se situe lui-même dans la lignée de Vilar : sans doute pour ce qui est de l'impact social du théâtre car, comme acteur, il est plutôt à l'opposé ; Maréchal est une rondeur qui danse son texte, moins soucieux des mots que du mouvement qui les anime. Que ce soit en Puntila, en Galilée, en Sganarelle ou en Scapin, il combine désinvolture et âpreté en une sorte de chorégraphie théâtralisée : c'est sa forme à lui de distanciation.
Maréchal prend en 1995 la direction du Théâtre du Rond-Point à Paris, où il monte, sans convaincre, sous le nom de les Coûfontaine, la trilogie de Claudel (L'Otage, Le Pain dur, Le Père humilié) avant de revenir à ses anciennes amours : Audiberti (Quoat-Quoat, 1996) et Vauthier (Les Prodiges, 1997). Écarté de la direction du Rond-Point en 2000, Maréchal prend la tête des Tréteaux de France, succédant à Danet, leur fondateur. Son objectif est de proposer, en milieu rural et dans des déserts culturels, du théâtre sous chapiteau, aux beaux jours ou dans des salles polyvalentes non équipées mais rendues viables grâce à un « tréteau mobile », pendant la mauvaise saison. Il renoue ainsi et à sa manière avec les débuts de la décentralisation. Il présente L'École des femmes, Ruy Blas, La Puce à l'oreille, George Dandin… Une tournée annuelle comprend de 110 à 120 dates.
Par ailleurs, en juillet 2001, il crée le Festival de Figeac (Lot), rencontre entre une ville et des tréteaux. Chaque été y sont proposées des « petites formes », tirées souvent de textes non théâtraux.
Bibliographie sélective
- Rhum limonade , de Guignol à Cripure, Marcel Maréchal, [Paris] : Flammarion, 1995
- Conversation avec Marcel Maréchal , Patrick Ferla, ParisLausanne : P.M. Faure, 1983
- Maréchal , sa carrière lyonnaise, 1960-1975, Agnès Pierron, Lausanne : l'Âge d'homme[Paris] : [diffusion Centre de diffusion de l'édition], 1977
- Approches , Compagnie Marcel Maréchal, Marseille : NTNM, 197?-