ARISTOPHANE [Archive1]
Poète comique athénien qui fut le maître de la comédie ancienne et inaugura la comédie moyenne.
Contemporain d'Euripide et de Socrate qu'il mit en scène dans ses comédies, Aristophane a vécu la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) et la fin de l'impérialisme athénien, et ses comédies sont en relation directe avec l'actualité politique et intellectuelle.
Entre réalité et fantaisie
Dans les Acharniens (425), il s'attaque en effet au parti de la guerre. Il récidive dans les Cavaliers (424) où il prend pour cible le démagogue Cléon, un des hommes politiques les plus populaires du temps. Avec les Nuées (423), la critique d'Aristophane change de cible et se dirige contre les maîtres à penser du jour, les sophistes et Socrate. Les Guêpes (422), qui raillent les tribunaux populaires et la manie de juger des Athéniens, marquent un retour à la satire politique, tout comme la Paix (421) qui célèbre l'avènement de la paix de Nicias. Les Oiseaux (414), fantaisie brillante où l'utopie se fait grinçante, constitue une charnière dans l'œuvre d'Aristophane. En 411, Lysistrata met au premier plan les femmes qui tentent d'imposer la paix grâce à une grève du sexe tandis que les Thesmophories, la même année, reprend les attaques contre les intellectuels du temps, incarnés ici par Euripide. Le même thème est développé dans les Grenouilles (405) où Eschyle triomphe finalement de son jeune rival. Les deux dernières comédies d'Aristophane, l'Assemblée des femmes (393) et Ploutos (388), sont dominées par les problèmes économiques d'une Athènes privée désormais des revenus qu'elle tirait de l'empire et tentent de les résoudre par l'absurde, en établissant un communisme intégral ou en rendant la vue au dieu de la Richesse, Ploutos, ce qui est un moyen commode de réconcilier la justice et l'argent.
Ces comédies entretiennent avec la réalité un rapport paradoxal. D'un côté, elles s'ancrent fermement dans le réel. Elles mettent en scène des personnages bien vivants que les Athéniens peuvent croiser dans les rues, elles sont pleines d'allusions à l'actualité politique, elles sont riches d'enseignements sur la vie quotidienne de l'Athènes du Ve siècle, sur les banquets, les cérémonies du culte (on a utilisé les Acharniens pour reconstituer les processions des Dionysies rurales), les pratiques judiciaires ou politiques. Mais elles sont pleines de la fantaisie la plus débridée. Dans la comédie d'Aristophane, tout devient possible : les hommes peuvent se doter d'ailes ou de véhicules ailés pour monter chez Zeus (la Paix) ou fonder un royaume dans les airs (les Oiseaux) ; on peut ramener les morts des Enfers (les Grenouilles) ; on peut conclure une paix séparée (les Acharniens) ; on peut même imaginer des femmes qui s'emparent du pouvoir politique et entreprennent de gouverner la cité comme elles gèrent la maison (l'Assemblée des femmes). Quant aux objets qui prolifèrent sur la scène comique, ils n'apparaissent le plus souvent que pour être détournés de leur fonction normale.
Un comique multiforme
Avec Aristophane, le comique est d'abord une affaire de rythme. L'intrigue est le plus souvent élémentaire :
la première partie de la comédie nous montre la naissance d'un projet à la fois simple et absurde destiné à
mettre fin à une situation intolérable pour le héros. Pour échapper à la guerre qui fait rage, les héros décident ainsi d'aller chercher la paix là où elle est, c'est-à-dire chez les dieux et de la ramener sur terre (Trygée dans la Paix), d'aller chercher « au diable » (c'est-à-dire en grec « chez les corbeaux », donc chez les oiseaux) un endroit tranquille, ou de contraindre les hommes à renoncer à la guerre en les privant de tout rapport sexuel (Lysistrata) ; la seconde partie de la pièce montre les conséquences de cette décision. Mais ce fil dramatique ténu permet d'enchaîner avec verve les scènes à effets.
Le comique d'Aristophane est aussi et surtout une affaire de mots. Aristophane joue en effet en maître de la dissonance et des registres de langage, il mêle l'obscénité au lyrisme, parodie aussi bien le style « empanaché » d'Eschyle que les subtilités d'Euripide et des « nouveaux philosophes ». Il sait aussi donner aux mots une réalité concrète et glisse aisément de la métaphore à la métamorphose. Ainsi, dans les Guêpes, les vieux Athéniens qui composent le chœur sont d'abord comparés à des guêpes à cause de leur caractère hargneux. Mais quand les choreutes enlèvent leurs manteaux pour passer à l'attaque, les spectateurs découvrent que les vieux juges possèdent bien l'attribut essentiel de ces insectes, c'est-à-dire qu'ils portent un aiguillon au derrière.
On a souvent tenté de tirer une leçon de ce théâtre qui n'a d'autre ambition que de provoquer le rire. On a prétendu définir une position politique d'Aristophane. Mais il faut bien se résigner à reconnaître que la comédie ancienne est simplement « contre » et qu'elle se contente de dénoncer les imposteurs de toute nature. Elle n'est peut-être pas non plus une simple exaltation des valeurs populaires du carnaval et de la fête. Comme son héros favori qui est tout à la fois un rustre sans manières et un être plein de ressources, la comédie est double et joue avec la morale du ventre un jeu subtil.
Bibliographie sélective
- Aristophane par lui-même... , Victor-Henry Debidour, Paris : Éditions du Seuil (Bourges, impr. Tardy), 1962
- Les images d'Aristophane , études de langue et de style, Jean Taillardat, Paris : les Belles lettres, 1965
- Aristophane vivant , [ou la vie et la genèse des oeuvres du grand comique dans l'atmosphère excitante du Ve siècle grec], Alexis Solomos ; texte français de Joëlle Dalègre, Paris : Hachette, 1972
- Le Carnaval et la politique , une introduction à la comédie grecque, Jean-Claude Carrière, Paris : les Belles lettres, 1983
- Aristophane , fiction et dramaturgie, par Pascal Thiercy,..., Paris : les Belles lettres, 1986
- Aristophane et l'ancienne comédie , Pascal Thiercy,..., Paris : Presses universitaires de France, 1999
Classement
Spécialité : Antiquité - 16ème siècle
- Grèce
- Antiquité grecque