LIEBENS Marc
Metteur en scène belge.
Le hasard d'un assistanat, en 1967 avec Debauche, le conduit à la découverte, essentielle, des mises en scène de Krejča. La nécessité de questionner le théâtre en Belgique à partir des expériences françaises de Vilar et de Planchon l'amène à ouvrir un lieu, le Théâtre du Parvis (il s'agit du Parvis Saint-Gilles), où, de 1970 à 1973, seront lancées toutes sortes d'interrogations politiques contemporaines : celles de l'intégration et de l'exclusion ethniques à partir de l'œuvre d'Arden (Vous vivrez comme des porcs, 1970), celle des symptômes de violence et de l'identité petite-bourgeoise à partir d'une œuvre iconoclaste belge (La Farce des ténébreux de Ghelderode, 1971), celle de l'histoire sociale récente de la Belgique surtout, avec plusieurs œuvres de Louvet qui traitent de la condition prolétarienne en Wallonie, des grandes grèves et du climat insurrectionnel des années soixante, du difficile et douloureux dialogue entre les intellectuels et la classe ouvrière, de la désillusion politique et philosophique enfin (À bientôt M. Lang, 1972 ; Le Train du Bon Dieu, 1975 ; Conversation en Wallonie, 1977 ; Un Faust, 1985).
Malgré le renfort précieux de Steiger, l'aventure du Parvis tourne court, et Liebens la reconvertit dès 1974, en compagnie de trois nouveaux associés – Jean Louvet, Piemme et Michèle Fabien –, dans une itinérance plus souple : celle de l'Ensemble théâtral mobile, en référence au Berliner où ils ont été invités et où ils ont reçu les encouragements de Weigel. Les choix dramaturgiques s'y formalisent assez vite : il s'agit de s'orienter vers un théâtre radical, fondé sur la célébration, presque rituelle, du verbe et du débat d'idées, sur une économie très stricte des moyens (scénographie, lumière, gestes et jeu). Toute cette recherche s'éprouve au fil des spectacles avec Hamlet-Machine (1978 et 1984) et Quartett (1983) de Müller, Les Bons offices de Pierre Mertens (1980), Oui de Bernhard, Orgie de Pasolini (1988), Amphitryon d'après Kleist (1991-1994), Cassandre d'après Christa Wolf (1995) et 1953 de Jean-Marie Piemme (1999).
Depuis 1981, le travail théâtral de Liebens est fortement influencé par la contribution littéraire et théorique de Michèle Fabien (1945-1999), dramaturge et écrivain, qui adapte et traduit pour lui les œuvres du répertoire étranger et dont il crée les textes à la scène : Jocaste (1983-1985), Notre Sade (1985), Tausk (1987), Atget et Bérénice (1989-1994), Claire Lacombe (1990), Déjanire (1995), Charlotte (2000). Ensemble, Liebens et Fabien explorent ainsi les virtualités contemporaines du mythe et de la fiction, les libertés formelles du récit et du jeu, dans une démarche à la fois rigoureuse et ludique, où sont interrogées les grandes questions philosophiques de la fêlure, de la perte, du deuil, de la présence-absence, à travers des mises en doute plus concrètement dramaturgiques, comme celles de la prise de parole de l'acteur et de sa très problématique confrontation au spectateur. La réflexion théorique et les hypothèses artistiques de Liebens ont été et sont encore en Belgique un pôle de référence pour la génération « alternative » qui lui a succédé, celle des Van Kessel, Sireuil, Dezoteux.
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- Belgique
- 20ème siècle
- 21ème siècle