BERNHARD Thomas
Écrivain et dramaturge autrichien.
Une enfance sans père mais marquée par un grand-père écrivain. La maladie, une pleurésie qui devient tuberculose par contagion dans la maison de repos, fut l'épreuve capitale d'une jeunesse marquée aussi par la musique.
Il sortira diplômé du Mozarteum de Salzbourg avec une dissertation sur Brecht et Artaud*. D'Artaud, il affectionne une phrase : « La race des prophètes s'est éteinte. » Bernhard prouve que la race des râleurs ne l'est pas. Toute sa biographie tiendrait dans ses rapports difficiles avec l'Autriche, dans la difficulté d'être Autrichien. Dès 1955, un article dénigrant le théâtre à Salzbourg lui vaut un procès ; en 1989, il meurt en plein dans le scandale de sa dernière pièce, Heldenplatz, du nom de la place (littéralement : la place des Héros !) où 250 000 Viennois firent une ovation à Hitler au lendemain de l'Anschluss. Il écrivit dans une de ses dernières Dramolettes : « La plus formidable comédie de tous les temps, c'est l'Autriche » ; l'Autriche est le plus grand théâtre du monde ; c'est le théâtre même. Pour ce Timon d'Autriche, le théâtre sera l'instrument pour dénoncer la comédie et le mensonge du monde ; que le théâtre montre que le monde (l'Autriche) est une scène. Et les hommes des marionnettes : un de ses premiers textes pour le théâtre, écrit vers 1956 mais publié en 1970, avait pour titre : la Montagne, spectacle pour marionnettes sous forme d'êtres humains ou d'êtres humains sous forme de marionnettes . Dès Une fête pour Boris (Ein Fest für Boris, 1970) et surtout l'Ignorant et le Fou (Der Ignorant und der Wahnsinnige, 1972), Bernhard montre son goût pour les personnages les moins « naturels » : estropiés, gnomes, alcooliques, artistes, fous, philosophes, philosophes fous, ce qui fait que des êtres humains sont devenus des « créatures parfaitement artistiques », c'est-à-dire artificielles. « Les acteurs ne sont pas ici des êtres humains/des marionnettes/ Ici tout bouge contre la nature ». Le théâtre de Bernhard déploie sa critique sur deux registres différents. D'abord la politique, avec ces estropiés qui nous gouvernent : la Société de chasse (Die Jagdgesellschaft, 1974), le Président (Der Präsident, 1975), les Célèbres (Die Berühmten, 1976), le Déjeuner allemand (dix lignes contre les mentalités nazies !) et Avant la retraite (Vor dem Ruhestand, 1979), texte sur l'irrésistible théâtralité du nazisme dans lequel un respectable président de tribunal de République fédérale d'Allemagne, ci-devant officier SS, revêt son uniforme pour fêter avec ses sœurs l'anniversaire d'Himmler. C'est la théâtralité du fascisme version Bernhard et qui mène à une assez simple constatation : « Tous nazis ! »
L'autre registre est celui du théâtre lui-même ; Bernhard entretient une relation de fascination-répulsion pour le théâtre, pour ceux qui l'écrivent : l'auteur dramatique de Au but (Am Ziel, 1981) ; qui le font : le Faiseur de théâtre (Der Theatermacher, 1984) ; fasciné surtout par les portraits d'acteurs en vieux cabotins, figures obsédantes de vieux acteurs shakespeariens : Les apparences sont trompeuses (Der Schein trügt, 1983) ; Simplement compliqué (Einfach kompliziert, 1986), tous nostalgiques d'un grand théâtre perdu, théâtre adoré et haï, Minetti (1976), acteurs sans théâtre, entre imprécation et désespoir. Au « Tous nazis ! » précédent correspond maintenant un : « Tous cabots ! » Et l'égalitarisme règne dans le cabotinage : un artiste shakespearien égale un artiste de cirque, un vrai philosophe un philosophe fou (Emmanuel Kant) , le faux Wittgenstein du Déjeuner chez Wittgenstein (Ritter Dene Voss, 1984) vaut bien son oncle. Le cabotinage est la forme que prend, chez Thomas Bernhard, la haine du théâtre qui est indispensable et répugnant, un tas de fumier, comme toute la culture. Les pauvres marionnettes de la Force de l'habitude (Die Macht der Gewohnheit, 1974) le disent à leur manière : « Nous haïssons le quintette la Truite mais il faut le jouer. »
Bibliographie sélective
- Die Autobiographie , Thomas Bernhard ; hrsg. von Martin Huber und Manfred Mittermayer, Frankfurt am Main : Suhrkamp, 2004
- L' attente et la fête , recherches sur le théâtre de Thomas Bernhard, Jean-Marie Winkler, BernFrankfurt-M.Paris : P. Lang, 1989
- Thomas Bernhard, le briseur de silence , essai, Chantal Thomas, Paris : Seuil, DL 2006
Classement
Spécialité : Espace Germanique
- Allemagne
- 20ème siècle