Troupe [archive 1]
[Compagnie théâtrale]

Au sens traditionnel une troupe réunit un ensemble de praticiens de l'art scénique, liés par contrat et travaillant ensemble dans la durée. Au sens moderne et expérimental une troupe est un collectif organique bâti sur un projet esthétique et idéologique précis.

Dès le début du XIVe siècle, le terme est utilisé par les troupes qui représentent les Mystères de la religion chrétienne (la « compagnie infernale » et la « compagnie célestiale »). Jusqu'au XVe siècle, les compagnies étaient toutes ambulantes et se déplaçaient de ville en ville. Puis, le développement de théâtres fixes dans les villes a favorisé leur sédentarité et leur rattachement exclusif à un théâtre (ce qui est encore le cas de la troupe permanente de la Comédie-Française). On parle alors au XVIIe siècle de « troupes de campagne » pour désigner les troupes ambulantes. Aujourd'hui, les tournées sont bien souvent indispensables à la survie et au développement d'une compagnie, mais il arrive également qu'une compagnie soit accueillie en résidence dans un lieu pour y produire son spectacle. Parfois, elle est même associée à ce lieu pendant plusieurs années pour y produire plusieurs spectacles et mener diverses actions culturelles (sensibilisation du public, cours de théâtre…).

Même dans le cas de troupes fixes et permanentes comme le sont celles de la commedia dell'arte, de la Comédie-Française, des écoles de théâtre extrême-orientales (Voir Japon) ou des théâtres allemands des Länder (Voir Allemagne  : Structure et organisation matérielle du théâtre), il ne s'agit pas seulement d'une organisation d'entreprise, mais d'un regroupement d'artistes et de professionnels divers, soit pour satisfaire aux besoins d'un type de pièces (nombre d'acteurs et techniques de jeu exigés par les œuvres mises en scène, chez les comédiens de l'art comme chez Molière), soit au respect du cahier des charges (la Comédie-Française a d'abord été conçue, par Napoléon, comme un conservatoire destiné à mettre en valeur le répertoire), soit aux exigences d'un professionnalisme qui ne laisse rien au hasard (chez les Allemands).

En 2008, en France, malgré le désir fortement affirmé par les directeurs (notamment Braunschweig) de grandes institutions théâtrales de réunir une troupe permanente, la seule qui existe vraiment est celle de la Comédie-Française. Des tentatives de plus ou moins longue durée ont cependant eu lieu. Planchon a réuni autour de lui pendant de longues années, au TNP de Villeurbanne, des comédiens (Bouise, Guillaumat, Lochy, Sadoyan…) qui constituaient le noyau de son équipe. Le Théâtre du Soleil en 1970 s'est constitué moins sur la notion de création collective (Mnouchkine en est bien le maître d'œuvre) que sur l'idée d'une communauté de vie où chacun participerait à toutes les tâches, dans une coopérative de production et surtout, partageant les mêmes vues idéologiques, se plierait à un apprentissage continu en vue de promouvoir un théâtre populaire fondé sur l'acteur. Cette utopie a survécu vaille que vaille à bien des déchirements et soubresauts. Si l'écho de la révolution culturelle de mai 1968 se lit dans cette entreprise, dans celle de la Schaubühne il s'agit plutôt d'un héritage de tradition brechtienne (Voir Brecht). Cette coopérative de production fut créée par Stein en 1971, en grande partie pour faire pièce à la lourdeur de la machine théâtrale allemande. Chez Stein, où prime la dramaturgie – c'est-à-dire la réflexion approfondie, esthétique, historique et documentaire sur les œuvres à monter –, les décisions sont prises collectivement. Quand on songe que le collectif de la Schaubühne a obtenu la collaboration d'artistes de la taille de Ganz, de Clever et de Strauss, qui y fut acteur et dramaturge avant de devenir un auteur maison, on se dit que la formule, malgré son caractère artisanal et coûteux en temps, est loin d'être obsolète.

Expérimentale et influencée par la Schaubühne de Berlin fut l'entreprise de Vincent à la tête du TNS de 1975 à 1983. Comédiens, philosophes (Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, Bernard Pautrat), dramaturges, auteurs entourent le metteur en scène pour interroger le théâtre dans ses dimensions à la fois sociales, politiques et esthétiques. Ce qui donnera lieu à des réalisations longuement mûries (le Palais de justice, Germinal d'après Zola, le Misanthrope) et aussi à des spectacles hors les murs, paradoxaux, reposant, chaque fois, sur une idée forte et neuve (Baal, Kafka-théâtre complet, Week-end à Yaïk, m. en sc. Engel). Actuellement, des auteurs-metteurs en scène comme Marion Aubert (avec Richard Mitou) ou Joël Pommerat, travaillent leurs textes, de la table à la scène, avec un collectif de fidèles qui ressemble beaucoup à une troupe (la compagnie Louis Brouillard).

D'un point de vue juridique, le terme de troupe est utilisé aussi bien par les amateurs que par les professionnels. La compagnie prend souvent la forme d'une association de loi 1901 y compris dans le secteur professionnel depuis la réforme de 1992 sur la licence d'entrepreneur de spectacle. Toutefois, le terme « compagnie » ou « troupe » n'implique pas forcément la constitution sous forme associative. Toutes les formes juridiques sont envisageables, notamment la Société coopérative ouvrière de production (SCOP) dont la structuration particulière (les salariés sont également associés) correspond bien à l'esprit de troupe qui règne souvent parmi les professionnels comme parmi les amateurs. L'exemple le plus célèbre de compagnie constitué sous cette forme est le Théâtre du Soleil. (Voir Directeur de troupe in Directeur de théâtre).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
27/02/2024