PICCOLI Michel
Acteur de cinéma et de théâtre français.
Surtout célèbre au cinéma (plus de 120 films), Piccoli n'en a pas moins joué dans une cinquantaine de pièces, à deux périodes de son existence : à ses tout débuts (autour de 1945-1950) et, de nouveau, à partir de 1972.
Sans formation autre qu'un cours privé puis le cours Simon, Piccoli a pour premier maître et metteur en scène G. Douking chez qui il joue en 1945 Jugement dernier ; il se produira ensuite dans des œuvres d'Audiberti, d'Anouilh, de Schehadé, de Racine (le rôle d'Hippolyte), de Hochhuth, sous les directions respectives de Vitaly, André Barsacq, Barrault, Vilar (au TNP) et de Brook. Il travaille aussi assez longtemps dans la Compagnie Grenier-Hussenot et on le remarque dans Orion le tueur. Piccoli, comme il le dit modestement, fait partie du « théâtre post-avant-garde » ; en fait il est de la gestion de la « société coopérative ouvrière de production du théâtre de Babylone ». Quand on sait avec quels moyens fonctionnait ce théâtre, à l'époque héroïque où Serreau, son animateur, montait Amédée de Ionesco et En attendant Godot de Beckett…, avant de faire faillite, on a une idée de la qualité de l'engagement esthétique et de la passion pour le théâtre de Piccoli.
Après de longues années de cinéma, Piccoli reparaît au théâtre pour, sous la direction tantôt de Chéreau, tantôt de Bondy, interpréter Koltès (Combat de nègre et de chiens, 1983, et Retour au désert, 1988), Marivaux (La Fausse Suivante, 1985), Schnitzler (Terre étrangère, 1983) et Shakespeare (Le Conte d'hiver, 1987). C'est Brook qui avait fait revenir Piccoli au théâtre en lui confiant le rôle de Gaïev dans La Cerisaie. Conviennent à Piccoli vieillissant les rôles de géants foudroyés mais qui ne s'abattent pas sans donner de la voix et fulminer contre eux-mêmes (John-Gabriel Borkman d'Ibsen, 1993 ou Le Roi Lear , 2006). Tout à l'inverse, dans La Maladie de la mort de M. Duras (1997), Piccoli se faisait danseur ou statue, sous la direction de Robert Wilson.
Piccoli est un acteur rare qui apporte à tous ses rôles quelque chose de souverain en même temps qu'une espèce de férocité : don de présence, mais sans complaisance ni cabotinage aucun. Car, comme il le dit : « Pour moi, le spectacle et le théâtre, ça a toujours été ça : ouvrir des verrous chez le spectateur » ; ou encore : « Que le jeu de l'acteur ne soit plus la peinture de nos hypocrisies, qu'il en soit le scalpel. » L'œil de Piccoli ne cille pas ; sa silhouette d'abord longiligne puis massive offre, depuis des lustres, l'« emblème de la maturité », si bien que, sans avoir besoin de composer, il s'impose, que ses rôles soient de superbe (Don Juan), de tendresse (Gaïev) ou de fausse assurance (Horn dans Combat…).
Bibliographie sélective
- Dialogues égoïstes , Michel Piccoli, [Paris] : O. Orban, 1976
- J'ai vécu dans mes rêves , Michel Piccoli avec Gilles Jacob, Paris : Librairie générale française, DL 2017
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle