LAGARCE Jean-Luc [archive 1]

Héricourt, Haute-Saône, 1957 - Paris 1995

Auteur dramatique et metteur en scène français.

La première pièce de Jean-Luc Lagarce, très marquée par Ionesco*, est parvenue à Théâtre* Ouvert alors qu'il était encore au Lycée. De là date un long compagnonnage avec cette structure de recherches d'écritures théâtrales contemporaines, et le nouveau répertoire dramatique de France-Culture, dirigé par Lucien Attoun. Très tôt, Lagarce fonde la Roulotte. Cette compagnie le conduit à créer ses propres écrits et des œuvres du répertoire. À travers les pièces mises en scène, il travaille essentiellement sur la phrase, le temps et le montage-collage.

D'abord, la phrase : Lagarce cultive l'approche des choses et des êtres au moyen « d'une phrase qui n'en a jamais fini : elle semble toujours aller vers quelque chose qui la fuit à mesure qu'elle avance, avec des rebondissements, des atermoiements » (Ch. Cohendy), creusant, voire laminant le sens. « Rien dans ses textes ne se ferme jamais » ( id. ). Aucune vérité n'y est posée. De ses phrases émane une incantation douce faite de redondances apparentes et d'une temporalité presque immobile ; dans ce « presque » se situe la subtilité d'approche de son esprit de finesse qui aiguise ses sentiments et ses jugements au contact d'une langue que Lagarce surveille sans cesse pour lui faire dire le plus avec le minimum d'effets. C'est pour cela que l'on découvre, dix ans après sa mort, qu'il est un classique. Selon ces principes esthétiques sont composées diverses pièces dont Carthage encore (1980) ; Voyage de Madame Knipper vers la Prusse-Orientale (m. en sc. Fall , Comédie-Française, Petit Odéon, 1982) ; Vagues souvenirs de la peste (m. en sc. de l'auteur, Besançon, 1983) ; Retour à la citadelle (m. en sc. Rancillac* , Scène nationale de Bar-le-Duc, 1990). Ensuite, letemps : Lagarce écrit surtout au futur antérieur. Peu à peu, il se tourne vers le présent, le plus difficile pour lui, atteint par le sida dès l'âge de trente ans. À la fin de ses jours, il s'essayait à l'écrit au passé. Enfin, le montage-collage d'après des textes existants : il s'agit de travailler d'après, d'exacerber le rapport entretenu avec la voix des autres ; pratiquer ainsi un dialogue du vivant avec les morts. Dans ce registre, on peut noter certaines adaptations portées à la scène par l'auteur lui-même : Phèdre d'après Racine ; les Solitaires intempestifs d'après une foule d'écrivains du xix e siècle à nos jours ; Lulu d'après Wedekind ; Chroniques maritales d'après Jouhandeau. Il est aussi amateur de variations à partir de modèles peu visibles : les Serviteurs évoque lointainement – avec de temps à autre des citations clins d'œil – les Bonnes de Genet* et la Maison d'os de Dubillard*. Ses mises en scène de pièces du répertoire courent de Molière (le Malade imaginaire ) à Labiche (la Cagnotte ) ou Feydeau (On purge bébé ) et jusqu'à Ionesco(la Cantatrice chauve ). J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne (Nordey , Théâtre Ouvert, 1996) apporte une couleur particulière à son univers : Lagarce y donne la parole à un chœur uniquement composé de femmes dans l'attente du fils/frère. Il devrait, un jour, revenir dans leur monde, retrouver la matrice et les tendresses féminines.

Rédacteur(s)

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
05/03/2025

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