PINTILIÉ Lucian
Metteur en scène roumain.
Travaillant en France et aux États-Unis, il s'est distingué à Bucarest par des spectacles – d'une force concrète remarquable – sur les textes du réalisme roumain et russe. À l'étranger il a travaillé plus particulièrement sur le répertoire russe.
Il s'impose dans les années 1960 comme un des chefs de file du renouveau de la mise en scène roumaine, par son extraordinaire sens de l'observation qui lui permet de capter l'esprit profond de l'identité nationale dans ce qui reste sa plus célèbre mise en scène : Scène de carnaval (1967) de Caragiale. Il met en scène une Cerisaie (1968) mémorable par la subtilité de la lecture inspirée par la référence à Oh les beaux jours de Beckett. Attentif à la vérité des sentiments, Pintilié fuit tout sentimentalisme et cultive une approche sarcastique de la vie dans ce qui fut sa plus importante découverte littéraire, Les Sots au clair de lune (1964) de Mazilu, pièce vite interdite. À la suite d'une mise en scène particulièrement féroce pour le pouvoir en place, Le Revizor (1972), spectacle également interdit, Pintilié ne peut plus travailler en Roumanie. Il est l'auteur de plusieurs films : Dimanche à six heures (1965), La Reconstitution (1972) et Scènes de carnaval (interdit et repris seulement en 1990). Invité par Jack Lang, il signe à Chaillot sa première mise en scène en France, Turandot (1974), spectacle avec des nains où il mélange Gozzi et Puccini. La conception fantastique du spectacle le singularise dans le parcours de Pintilié qui revient ensuite à sa passion pour la lecture originale des textes, toujours accompagné par ses deux scénographes, Radu et Miruna Boruzescu. Il monte avec succès, en France et aux États-Unis, surtout le répertoire de la fin du XIXe siècle : Tchekhov, Ibsen, Gorki, Strindberg. Il a signé la mise en scène d'un certain nombre d'opéras : La Flûte enchantée, Rigoletto, Carmen, L'Orestie d'Aurel Stroé. Après la chute de Ceaucescu, Pintilié rentre en Roumanie et, comme bon nombre de metteurs en scène, se consacre principalement au cinéma. Il signe un des films les plus importants sur la réalité du pays sous la dictature, Le Chêne (1992) où les êtres sont brisés par la terreur et l'obscurantisme. Son dernier film est consacré aux problèmes des minorités et des rapports, souvent confus, qu'elles entretiennent dans une région frontalière : Un été inoubliable (1994). Présent avec ses films au festival de Cannes, il connaîtra la reconnaissance à Venise où il reçoit le Grand prix spécial pour Terminus paradis (1998). Il a publié un volume de réflexions et mémoires intitulé Bricabrac (Bucarest, éd. Humanitas, 2005).
Bibliographie sélective
- Bric-à-brac , du cauchemar réel au réalisme magique, Lucian Pintilie ; traduit du roumain et annoté par Marie-France Ionesco[préface par Georges Banu][postface par Bertrand Tavernier], Montpellier : l'Entretemps éd., impr. 2009
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- Roumanie
- 20ème siècle
- 21ème siècle