PICASSO Pablo Ruiz
Peintre, dessinateur, graveur et sculpteur espagnol qui, sa vie durant, est resté dans l'intimité du monde du spectacle ; il en a été le portraitiste fécond et le décorateur inventif, avant d'écrire lui-même des pièces de théâtre.
La contribution de Picasso au ballet Parade (1917) est légendaire, mais plus que le fameux rideau qui présente en une sorte de collage les figures emblématiques et rêveuses du cirque, Picasso a l'idée très théâtrale de « managers », personnages déshumanisés en forme de constructions cubistes animées. Par là il invente la peinture qui bouge et le théâtre devient l'espace du mouvement, d'autant qu'il s'agit d'un ballet et que Picasso a beaucoup réfléchi à l'articulation décor/costumes/personnages/couleurs. Manifestation de théâtre total et exercice de cubisme appliqué, Parade, grâce à Picasso, transforme la perception visuelle. Cette osmose du décor et de la chorégraphie à laquelle Picasso n'avait pas peu contribué suscita la création par Apollinaire du mot « sur-réalisme » : Apollinaire datait de ce jour la naissance d'un « esprit nouveau », totalement présent au monde. Comme le disait superbement Picasso : « L'art est toujours “aujourd'hui” parce que je suis toujours “aujourd'hui”. »
Pour le ballet Mercure (1924) de Satie et Massine, Picasso peint également un rideau de scène d'un grand dynamisme : c'est une sorte de tapis magique qui porte deux personnages musiciens : un Arlequin et un Pierrot. Antérieurement Picasso avait travaillé pour le décor de l'Antigone de Cocteau (1922), comme il l'avait fait pour le Cuadro flamenco (1921) et pour le rideau, le décor et les costumes du Tricorne de Manuel de Falla (1919). Entre 1936 et 1962 Picasso reviendra épisodiquement au théâtre : pour le rideau du 14 Juillet de Rolland en 1936, pour le décor de l'Œdipe roi de Sophocle (monté par Pierre Blanchar en 1947).
Comme dramaturge, Picasso se situe, en iconoclaste farceur, plutôt du côté de Dada, avec son Désir attrapé par la queue, lu chez Michel Leiris en 1944 avec, entre autres récitants, Camus , Sartre et Simone de Beauvoir. Ses personnages-organes (le Bout Rond, le Gros Pied) rappellent ceux de Cœur à gaz de Tzara; ils sont emportés par un vitalisme baroque et un humour gras qui réussissent à détourner à leur profit ce que l'écriture automatique de maintes répliques a de poétiquement mystérieux. Plus baroques encore sont les Quatre petites filles (1968) où, dans une totale liberté de création, le bestiaire construit un monde inquiétant à la Douanier Rousseau, enfantin et cruel à la fois. La profusion créatrice de Picasso, si remarquable en peinture, se retrouve ici dans une débauche verbale qui doit beaucoup plus au surréalisme qu'à la rhétorique théâtrale.
Bibliographie sélective
- Le Désir attrapé par la queue... , Picasso, Paris : Gallimard, 1945
- Les Quatre petites filles, pièce en 6 actes , Pablo Picasso, Paris : Gallimard, 1968
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle