PATTE Jean-Marie
Comédien, metteur en scène et auteur dramatique français.
Encouragé à ses débuts à l'orée des années soixante-dix par Jean-Marie Serreau, soutenu ensuite par André-Louis Périnetti au théâtre de la Cité internationale, puis par Guy au festival d'Automne (où il sera fréquemment invité, la dernière fois avec Écrire/Roma, deux textes de Duras, 2005), Jean-Marie Patte a vite acquis le renom d'un artiste exigeant et ombrageux. Rare, mais moins qu'on le croit, scrupuleux dans ses émois, avec aussi une part de comédie dans ses postures minimales, Patte semble vacciné contre les médias, contre le monde, contre le siècle. La plupart des artistes ont un public : Patte a des adeptes.
Un auteur ? Oui, sans doute, il joue ce qu'il écrit (Une pièce d'amour, 1984 ; Répétition d'un drame, 1994), mais il semble surtout écrire tout ce qu'il joue, infiniment docile à sa pente, avec une ferveur de visitation. Qu'il s'intéresse à Faust, Rodogune ou Œdipe, qu'il revisite la comtesse de Ségur (Votre grand-mère qui vous aime, 1988), qu'il évoque la folie de Robert Schumann (Avignon, 1989), qu'il médite sur la mort du peintre Girodet (Par singularité et par distraction…, Avignon, 1990) ou qu'il lise les lettres de Vitalie Rimbaud, mère d'Arthur (Bastille, 1992), Patte nous entraîne aux confins de toutes lueurs, annulant quelques notions qui semblaient acquises : acteur, auteur, carrière, spectacle, temps, texte. Dans Titre provisoire (Bobigny, 1996) il est toujours aussi austère et distant. Mais l'humour n'est pas absent de Je vous aime, Monsieur Simon, Je vous enlève (2001).
Un acteur ? Plutôt un veilleur, un trublion tacite qui exaspère ou qui bouleverse, mais ne laisse personne indifférent.
Un metteur en scène ? Chaque spectacle est une expérience (Récits bouddhiques, 1969 ; Les Bonnes, 1971 ; Faust, Œdipe, Rodogune, 1978 ; Manque de Kane, 2001). D'abord, il ne se passe rien sur la scène. Presque rien. Et ce presque rien, justement, devient sonore, flagrant, parfois comique. C'est le contraire de la monotonie. Ici, le silence comme des sagaies. Et là, des rires comme des boucliers. Une cérémonie secrète ? Plutôt quelque chose d'un poème éreinté qui touche au commencement.
Jean-Marie Patte répand une lueur de miracle, une auréole primordiale sur des choses infimes : on dirait qu'il se penche sur chaque chose pour la relever, pour la hisser à un ordre où elle ne semblait pas promise, pour en exprimer la grâce dans un éloge qui n'exclut pas l'ironie. Aucun fatras, aucun symbole, aucun rite : tout est tangible, tout s'élabore dans l'immanence radieuse de l'instant.
Dès lors le théâtre s'émancipe de ses vieux démons, la terreur, la pitié, la nostalgie, pour extraire de la durée non pas des signes ni même des présages mais plutôt un accord ample et profond comme la joie. Quelque chose qui advient, s'accomplit enfin, et qui a le charme du temps.
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle