NORÉN Lars

Stockholm, 1944 - 2021

Auteur dramatique suédois d'une quarantaine de pièces.

Norén se sent à l'aise dans une certaine tradition du théâtre suédois dans la mesure où quelques grands auteurs (Strindberg et Hjalmar Bergman entre autres) se soucient des problèmes parapsychologiques et brodent sur des thèmes inspirés par l'angoisse existentielle. Les pièces de Norén ne sont sans doute pas autobiographiques (pas plus que celles de Strindberg), mais les réminiscences personnelles doivent y tenir quelque place. Norén revient en effet sans cesse dans son théâtre sur les relations de famille, sur les déviations sexuelles qui y trouvent un terrain d'élection, sur la tyrannie des parents et sur l'esprit de révolte qui règne chez les enfants, enfin sur la démence qui menace les uns et les autres à tout instant. Chacun aspire à s'évader du cercle ; il n'y parvient guère qu'en recourant à la violence des termes et des gestes. La volonté du fils qui cherche à se rendre indépendant tient en général une place centrale dans les diverses intrigues. Notons parmi ces pièces explosives (le Lécheur de prince, sa première pièce, 1973, Oreste, 1979), une trilogie – la Force de tuer (Modet att doeda), La nuit est mère du jour (Natten är dagens mor), Le chaos est proche de Dieu (Kaos är granne med Gud), 1979-1986 – puis le Sourire des mondes souterrains (Underjordens laende, 1987, m. en sc. Cantarella , 1992), les Comédiens (Skådespelarna) et la Veillée (Nattvarden, 1985, m. en sc. Lavelli , 1989).

Dans cette dernière pièce, où chacun part à la chasse au bonheur en changeant de partenaire, l'ombre œdipienne du père ivrogne pèse lourdement sur des adultes qui ne parviennent pas à se débarrasser de leur passé. Œdipe encore, inversé ou non, plus nettement affirmé dans Sang (1994) et dans Automne et hiver (1987, créé en France en 1994) où s'affrontent une mère et sa fille pour la possession du père, faible, et qui ne peut (ou ne veut) choisir. Violence toujours, mais plus politique et sociale que morale dans Catégorie 3 : 1 (1997) qui se déroule dans le milieu des SDF de Stockholm et l'infra-monde de la misère urbaine. Norén sait inscrire le collectif dans l'intime, avec des dosages à l'évidence différents : ainsi dans Détails (1999, m. en sc. Martinelli, 2008) où il procède par petites touches, à la recherche de ce qu'il y a de plus obscur dans les consciences déboussolées d'aujourd'hui ; ainsi encore dans l'une de ses dernières pièces, Guerre (2003), où les ravages de la guerre font tache d'huile sur tous les membres d'une famille.

Chez Norén, le dialogue est solide, soumis à une construction musicale, sensible mais non contraignante. La tension monte vite jusqu'à devenir insupportable, comme par exemple dans Munich-Athènes (m. en sc. Claudia Stavisky, 1993), mais parfois un gag inattendu déchaîne une salve de rires. Mais cet aspect est plutôt secondaire au regard de la tonalité propre d'œuvres qui se livrent, comme le dit un personnage d'Automne et Hiver à un « labourage de nos sentiments ». Dans Démons (1984, m. en sc. Desarthe, 1995) c'est l'amour à mort, comme chez Strindberg ou l'Albee de Qui a peur de Virginia Woolf ? L'extrême de la violence et de la haine pour dire le besoin d'autre chose. Labourage, saccage, blessures infligées et reçues, moins avec la volonté de creuser l'écart entre les consciences, comme chez Strindberg, que d'atteindre à une sorte de répit et de repos après un combat mené aux lisières de la folie. Tant de mots pour mériter de se taire.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Suède
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
10/11/2023

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