ALBEE Edward
Auteur dramatique américain.
Devenu célèbre en 1962 grâce à Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who's Afraid of Virginia Woolf ?), qui fut joué à Broadway pendant quinze mois, dans une mise en scène d'Alan Schneider, metteur en scène de Beckett aux États-Unis.
La pièce a depuis été traduite et jouée dans de nombreux pays (en France en 1964 dans une mise en scène de Franco Zeffirelli, avec Madeleine Robinson dans le rôle de Martha). Mike Nichols en a tiré un film en 1965 (avec Élizabeth Taylor et Richard Burton dans les rôles de Martha et de George, le couple qui s'entredéchire en se servant pour arme du fils qu'ils se sont inventé et que George finit par « supprimer » pour se venger de Martha).
Adopté à sa naissance et doté du nom d'Edward Franklin Albee III, Albee a connu pendant sa jeunesse les problèmes du « pauvre petit garçon riche » : trop aimé, mal aimé. À quinze ans il se fait renvoyer de l'Académie militaire de Valley Forge, à vingt ans il quitte sa famille et devient tour à tour vendeur de disques, barman, télégraphiste, tout en écrivant des poèmes. En 1958 il écrit Zoo Story : deux hommes sur un banc dans un jardin public se disputent leur territoire, Jerry le provocateur menace et inquiète Peter le bourgeois, et finira par faire de lui un assassin malgré lui en venant s'empaler sur le couteau qu'il lui aura lui-même tendu : comédie « de menace », allégorique, proche de celles qu'écrivait Pinter à l'époque. Albee écrit ensuite The Sandbox (un an avant Oh les beaux jours de Beckett : la ressemblance troublante entre les deux images scéniques n'est qu'une coïncidence). Les deux pièces sont montées par Schneider. Ce sera ensuite The Death of Bessie Smith (la Mort de Bessie Smith, 1960, créée à Berlin avant de l'être à New York), hommage à la grande chanteuse noire, et le Rêve de l'Amérique (The American Dream, 1961), satire de la famille américaine. Dans la mise en scène parisienne, Terzieff , à contre-emploi, y était inoubliable. Cette année-là, Martin Esslin, frappé par le talent de ce nouvel auteur américain, le fait figurer dans son livre le Théâtre de l'absurde en le comparant à Ionesco et à Pinter.
Un exilé de l'intérieur
De fait, une des vertus d'Albee est de saisir avec une habileté prodigieuse, quasi diabolique, ce qui est dans l'air du temps. Son identité et sa filiation problématiques font que, tel Genet, son regard sur la société est à la fois de l'intérieur (d'où la justesse) et de l'extérieur (d'où la drôlerie, l'exagération féroce). Le hic et nunc du théâtre est ce qui convient à cet exilé de l'intérieur qui peut faire sienne la formule : « Je est un autre », et se délecter des jeux de l'illusion et de la réalité. Mieux qu'un autre il sait s'approprier, pour le transmettre, le bien d'autrui, et son talent d'adaptateur a toujours connu le succès : la Ballade du café triste (The Ballad of the Sad Café), de Carson McCullers, Everything in the Garden, du jeune auteur anglais Giles Cooper, à la limite du plagiat, en 1981, Lolita de Nabokov, en 1995, The Lorca Plays. Il n'hésite pas même à reprendre et adapter ses propres pièces : en 2004, Peter et Jerry, act I : Home Life, Act II : The Zoo Story. Si son œuvre a tant plu en Europe, c'est en partie parce qu'elle était au carrefour de plusieurs mouvements en vogue – le théâtre de la cruauté, le théâtre de l'absurde, le théâtre de l'ambiguïté. L'autre vertu d'Albee, plus directement professionnelle, c'est son sens musical du déroulement d'une scène dramatique, son tempo, ses crescendos, ses pauses. Il est le maître de l'instant suspendu avant l'acte de violence, ou l'insulte, ou la révélation ; il joue des emboîtements, des illusions de perspective, à la Escher, des décalages ; c'est un virtuose des innuendo , des sostenuto , des da capo. On le verra tout particulièrement dans une pièce comme Tiny Alice , énigmatique à plus d'un titre, ou dans Box-Mao-Box , faite de trois textes alternés, et où il dit lui-même s'être efforcé d'appliquer la forme musicale à la structure dramatique.
En 1966, Albee obtient le prix Pulitzer pour A Delicate Balance, et en 1975, pour Seascape. En 1977, il écrit Counting the Ways et Listening, en 1980, The Lady from Dubuque, en 1983, The Man Who had Three Arms et, en 1985, Finding the Sun. En 1994, après une longue absence pendant laquelle on l'avait un peu oublié, il revient à Broadway avec une pièce qui connaît un grand succès pour ses qualités lyriques et son pouvoir d'émotion, Three Tall Women. De son propre aveu, Albee y exorcise ses démons personnels un peu comme O'Neill dans Long Day's Journey Into Night . Sous le titre Trois Femmes grandes, elle est mise en scène par J. Lavelli au Théâtre de l'Atelier en 1996.
Bibliographie sélective
- Edward Albee , an interview and essays, (ed. by Julian N. Wasserman..., Houston, Tex. : University of St. Thomas, 1983
- Le Théâtre d'Edward Albee , Liliane Kerjan,..., Paris : C. Klincksieck, 1978
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- États-Unis
- 20ème siècle
- 21ème siècle