AUDUREAU Jean
Auteur dramatique français.
À vingt-six ans, Audureau rédige une première pièce, La Réception, jamais donnée en lecture, jamais jouée parce que son accomplissement exige qu'un acteur tue réellement, dans l'action, un autre acteur. À intervalles prolongés, Audureau produit ensuite quatre œuvres. À Memphis, il y a un homme d'une force prodigieuse retrace, dans l'Amérique des années vingt, la brève carrière de quatre frères devenus gangsters par amour mystique de leur mère (m. en sc. Bourseiller, Festival du Marais, 1966). Le Jeune Homme, pièce dont le point de départ est fourni par l'agonie de Kant, est un dialogue, à Königsberg, entre le vieil homme et le jeune homme, seul vivant dans cet univers philosophique et trivial où règnent les valets et la gouvernante de Kant (m. en sc. Debauche, 1973, Théâtre des Amandiers de Nanterre). La Lève présente les passions et les haines d'un père parti à la recherche de son fils aux enfers (m. en sc. Ronse, Théâtre Oblique, 1978). Félicité traite de l'écart entre la vivacité des désirs d'une servante et l'impossibilité de les assouvir (m. en sc. Vincent, Comédie-Française, 1983). Dans le secret et la rigueur, Audureau maîtrise une langue dans laquelle chaque mot, ou presque, offre une multitude de chemins, de labyrinthes, de ramifications, où chaque œuvre est imbriquée dans la précédente. Ils conduisent des corps aux espaces urbains, et de là à l'univers cosmique. La psychologie quotidienne et immédiate est chassée, comme le réalisme et les lieux communs. De ces poèmes dramatiques, il ressort, avec force, une réflexion philosophique sur la nature humaine. Brigitte Jaques et François Regnault, directeurs du Théâtre de la Commune à Aubervilliers ont confié à quatre metteurs en scène, en 1994, le soin de monter, à la suite, quatre des pièces d'Audureau : Thamin, Katherine Baxter, deuxième version de À Memphis..., Éric Vigner, Le Jeune Homme, Rambert, Félicité et Pierre Vial, La Lève. Hélène (m. en sc. Thamin, Théâtre du Port de la Lune, Centre dramatique national de Bordeaux-Aquitaine, 1996) poursuit, à trente ans de distance, comme dans un rêve éveillé, l'exploration du destin de certains personnages apparus dans À Memphis, il y a un homme d'une force prodigieuse. Sa dernière pièce, L'Élégant profil d'une Bugatti sous la lune (m. en sc. S. Tranvouez, Théâtre du Vieux-Colombier, 2006) raconte l'histoire, au bord de la Loire, de Gilles de Rais courant jusqu'au crime pour y retrouver son enfance. Ultime retour vers soi d'Audureau.
Bibliographie sélective
- Félicité , [Paris, Comédie française, 1983], Jean Audureau, [Paris] : Gallimard, 1983
- À Memphis il y a un homme d'une force prodigieuse , Jean Audureau ; vignettes de Patrick Lanneau, Rouen : Ed. Médianes, 1993
- Hélène , Jean Audureau, Arles : Actes Sud, 1996
- Jean Audureau , portrait en éclats, proposé par Françoise du Chaxel, Villeneuve-lès-Avignon : Éd. Centre national des écritures du spectacle-La Chartreuse, 2004
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle