ROUSSIN André
Auteur dramatique français.
Il allie à un sens très sûr de l'effet comique une finesse de touche dans le traitement des caractères qui fait de quelques-unes de ses pièces de véritables réussites littéraires.
L'abondante production de Roussin a été classée par lui-même en catégories qui en indiquent grosso modo l'orientation : la plupart ont un caractère social (« comédies de la scène et de la ville » tel Bobosse, 1950) et choisissent souvent le cadre socialement étroit de la famille et du couple : « comédies conjugales », telles Les Glorieuses (1960) ou Une femme qui dit la vérité (1949) ; « comédies de famille », telle la trilogie : La Sainte famille, 1946, Les Œufs de l'autruche, 1948, Lorsque l'enfant paraît, 1951, cette dernière pièce jouée 1 650 fois ! Roussin se laisse parfois attirer hors des sentiers de la réalité quotidienne et ce sont les « comédies de fantaisie » ; il y range et sa première pièce jouée (Am stram gram, 1941) et l'un de ses plus beaux succès, La Petite Hutte, 1947. On trouve une touche sérieuse dans les « comédies dramatiques » (Un amour qui ne finit pas, 1963) et sur les trente pièces écrites maintes restent hors classement mais furent tout aussi réussies et fêtées (Nina, La Locomotive, La Voyante).
Roussin est un praticien du théâtre avant d'être un auteur dramatique et il doit à la longue expérience partagée au Rideau gris de Marseille avec Ducreux d'avoir fréquenté beaucoup d'auteurs et des meilleurs (de Cocteau à Supervielle et de Gay à Shakespeare) et d'en avoir gardé une ambition d'écriture. Elle lui fera tâter de la pièce en vers et de l'analyse psychologique raffinée, même si la plupart de ses œuvres se rangent plutôt dans la comédie d'intrigue assortie de réflexions morales et satiriques sur les travers éternels ou circonstanciels de la société. Presque toujours, du fait encore qu'il sait, comme acteur, ce que veut dire occuper l'espace avec les seules ressources de la parole, Roussin fait preuve d'une grande invention scénique : théâtre sur le théâtre (Am stram gram, pièce sur le pouvoir du théâtre à « raconter des histoires », donc à empêcher intrigue et personnages à produire l'illusion comique), théâtre dans le théâtre (Les Glorieuses et Bobosse, cette dernière pièce avec dédoublement du personnage qui se livre au plaisir du jeu et de la métamorphose à vue en jouant tous les rôles) ; recours systématique à la péripétie imprévisible qui prend le spectateur à contrepied : le séducteur de la Mamma se révèle impuissant ; le mari et l'amant de Nina se retrouvent couchés dans le même lit tandis que leur femme et maîtresse vaque à ses occupations ; les femmes de la trilogie nous assaillent de quiproquos et de révélations inopinées sur leurs grossesses. Des pièces entières, parfois, exploitent une veine inattendue : Hélène, ou une version en bourgeois de l'Orestie d'Eschyle ; La Main de César, ou le folklore provençal traité « à la romaine ».
Roussin manie le paradoxe avec faconde et naturel, ce qui est bien propre à déclencher le rire comme dans La Petite Hutte où l'amant se trouve acculé à réviser complètement son système de valeurs, c'est-à-dire à cesser de mentir et de se cacher ; comme dans Un amour qui ne finit pas. La pièce est bâtie sur une idée fine, ténue même : le véritable amour est celui qui reste dans la tête de celui qui aime, sans que l'objet de son amour le sache et sans qu'aucune relation charnelle vienne gâcher la pureté d'un amour dès lors absolu. Roussin est passé maître dans ce jeu de variations sur le thème de l'amour et plus particulièrement sur celui de la sincérité : lucide plutôt qu'amer, Roussin, après Guitry, constate que la meilleure façon de mentir est encore de dire la vérité (dans L'École des dupes) et que la meilleure façon d'affirmer son existence est encore de se taire (dans On ne sait jamais). Ce qui est un paradoxe supplémentaire pour un théâtre qui ne vit que de mots et de roueries.
Bibliographie sélective
- Comédies d'amour , André Roussin, [Paris] : Calmann-Lévy, 1959
- Comédies de fantaisie , André Roussin, [Paris] : Calmann-Lévy, 1960
- Comédies de famille , André Roussin, [Paris] : Calmann-Lévy, 1960
- Discours... pour la réception de M. André Roussin , Institut de France, Académie française... 2 mai 1974, [André Roussin, Jean-Jacques Gautier], Paris : Institut de France, 1974
- André Roussin ou Une vie en scènes , Anne-Marie et René Tellenne, Marseille : P. Tacussel, 2001
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle