ROSTAND Edmond
Auteur dramatique français.
Sa comédie héroïque en cinq actes et en vers Cyrano de Bergerac a imposé un type et un style dont le succès paraît inépuisable.
Après des débuts incertains avec un vaudeville, le Gant rouge (1888), et une comédie, les Romanesques, où des pères feignent l'animosité pour que leurs enfants puissent s'aimer de façon romanesque (1894), Rostand écrit pour Sarah Bernhardt la Princesse lointaine (1895) où elle interprète Mélissinde, aimée à en mourir par le poète Joffroy Rudel, et la Samaritaine (1897), où elle joue Photine, pécheresse transfigurée par la rencontre de Jésus. Le 27 décembre 1897 la première de Cyrano de Bergerac au théâtre de la Porte-Saint-Martin est un triomphe inespéré. Tout Paris s'enflamme pour les exploits de Cyrano (interprété par Coquelin), bretteur invincible, rimeur intrépide, affublé d'un nez démesuré, amoureux sans espoir de sa cousine Roxane et qui aide le beau Christian à conquérir la belle en gardant son secret jusqu'au seuil de la mort. L'accueil est délirant, le succès devient vite international. En 1900, l'Aiglon , qui évoque en six actes le mélancolique destin du duc de Reichstadt, fils de Napoléon, soulève de nouveau l'enthousiasme, permettant à Sarah Bernhardt de s'illustrer dans le rôle-titre et à Lucien Guitry de faire une belle composition dans celui de Flambeau, ancien soldat de la garde de l'Empereur. Rostand est alors un auteur adulé, il entre à l'Académie française. Mais malade, retiré au Pays basque, il fait longtemps attendre Chantecler (1910), fantaisie animalière qui conte les amours d'un coq qui s'imagine faire lever le soleil, et d'une faisane. Le public dérouté ne s'exalte guère. La Dernière Nuit de Don Juan (1911) ne sera jouée qu'après la mort de l'auteur.
Versificateur virtuose qui aime surprendre, éblouir et plaire, Rostand a varié constamment ses sujets, ses registres et ses effets, passant de l'Orient moyenâgeux au Paris du XVIIe siècle, de la préciosité de salon à la simplicité campagnarde, de l'Évangile à l'épopée napoléonienne, du sublime au grotesque avec un brio constant. L'héritage romantique se mêle chez lui à de nombreuses influences dramaturgiques et stylistiques qu'il maîtrise avec un art du pastiche, un sens de la fable et de la scène à faire exceptionnels. Des indications scéniques d'une grande précision soulignent la théâtralité de ses dialogues et de ses intrigues rigoureusement construites au point qu'il est difficile de jouer ses pièces autrement qu'il l'a voulu. Dernier surgeon du théâtre en vers, son œuvre n'ouvre pas de voies nouvelles mais clôt avec panache une époque.
Dominant sa production Cyrano de Bergerac défie la critique par la constance de son succès. La pièce exerce une fascination toujours recommencée sur les grands acteurs et le public avec son accumulation d'exploits physiques et langagiers, sa succession de tableaux spectaculaires (l'Hôtel de Bourgogne, la rôtisserie de Ragueneau, le balcon de Roxane, le siège d'Arras), son humour, sa fantaisie, et son héros généreux, solitaire et intarissable qui est devenu un mythe national.
Bibliographie sélective
- Edmond Rostand, renaissance d'une oeuvre , actes du colloque international des 1er et 2 juin 2006 [Université Jean Moulin-Lyon 3], [organisé par le Centre d'études des interactions culturelles] ; textes rassemblés par Guy Lavorel et Philippe Bulinge, Lyon : Centre Jean Prévost, Université Jean Moulin, Lyon 3, DL 2007
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 19ème siècle
- 20ème siècle