REZA Yasmina
Actrice, romancière et auteure dramatique française.
Sa première pièce, Conversations après un enterrement, est créée en 1987 (Théâtre Paris-Villette) ; La Traversée de l'hiver est donnée au Théâtre national de la Colline en 1989. Art lui ouvre la voie du succès. Cette pièce, représentée dans plus de quarante pays, dissèque les faux-semblants de l'amitié avec, pour prétexte de la dispute, une toile peinte en blanc (m. en sc. Patrice Kerbrat avec Arditi, Luchini, Pierre Vaneck, Comédie des Champs-Elysées, 1994). L'Homme du hasard (Théâtre de l'Atelier, 1995) se déroule dans un compartiment de train : entre un écrivain célèbre aigri et une femme, qui découvre en face d'elle son auteur préféré, se noue une succession de flux intérieurs autonomes, « chacun en soi-même ». Le dialogue intervient au tout dernier moment. Trois versions de la vie (m. en sc.Kerbrat, Théâtre Antoine et Bondy, Burgtheater de Vienne, 2000), Une pièce espagnole (m. en sc. Bondy, 2004) entrelacent la question du temps et celle du vrai-faux jeu de l'existence, dont on ne se souvient toujours qu'après. Dans La luge de Schopenhauer (m. en sc. F. Bélier-Garcia, Théâtre Ouvert, 2006) voit quatre personnages confesser tour à tour leurs obsessions ou bien échanger des propos philosophiques de seconde main touchant l'état du monde et des êtres. Le Dieu du carnage (Zurich, 2006) exhibe deux couples posés en chiens de faïence dans un salon bourgeois, emblématique des lieux de paroles de cette dramaturge. Ils se déchirent et se délitent à propos de leurs fils respectifs, l'un ayant blessé légèrement l'autre suite à une altercation.
Ce théâtre d'imbrications de micro-situations banales puis explosives, d'espaces et de temps hétérogènes, articule plusieurs niveaux de conscience et de perception de la réalité à l'intérieur desquels des monologues surgissent, accidents, fractures, ruptures de sens et de sensations nimbés d'ironies comiques. Reza manie les tropismes, les ellipses : un échange de répliques ordinaires, un mot malencontreux et le désastre avance, inéluctable, par glissements progressifs des sentiments, du simple constat au déchaînement des passions dans un huis clos de plus en plus lourd, exploré à coups de petites touches feutrées mais féroces. Ces affrontements n'excluent pas le rire, puisque chacun parvient à se reconnaître dans ses faiblesses, excès, travers, non-dits et frustrations tues. Les personnages, souvent au bord de la crise de nerfs, expriment une envie irrépressible d'en découdre mais s'arrêtent à temps parce qu'ils sont, au fond, lâches et pervers. Cette lâcheté dénoncée, qui est aussi la nôtre, nous émeut grâce à la densité des silences ponctuant nos petites comédies, graves et frivoles, traversées de vacheries et de petits riens.
Bibliographie sélective
- "Art", 1994, Yasmina Reza , Aurélien Pigeat,..., Paris : Hatier, DL 2005
- Avez vous lu Reza ? , une invitation philosophique, Denis Guénoun, Paris : A. Michel, impr. 2005
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle