PASSEUR Étienne Morin
dit Steve Passeur

Sedan, 1899 - Paris, 1966

Auteur dramatique français.

Joué et mis en scène par les plus grands, il débute chez Lugné-Poe en 1924 avec La Maison ouverte (cinq autres de ses pièces seront montées à l'Œuvre) ; Suzanne est créé en 1929 par Jouvet (avec Tessier et Renoir), Pas encore en 1927 par Dullin à l'Atelier, Je vivrai un grand amour en 1935 par Pitoëff (avec Ludmilla Pitoëff). En trente ans, de 1924 à 1954, Steve Passeur fait jouer vingt-cinq pièces ; il connaît des fortunes diverses : mal reçu par la critique souvent, il a essuyé vingt-deux refus avant de faire accepter Je vivrai… qui fut joué… mille fois ! (Et Jouvet emporta la pièce lors de sa tournée en Amérique du Sud pendant la guerre.)

Steve Passeur aime l'excès – des sentiments comme des situations –, mais paradoxalement il entend le traiter avec la plus « froide logique » possible. D'où une tension permanente dans le dessin des personnages à la fois passionnés et raisonneurs, une raideur dans le déroulement du dialogue à la fois contrôlé et brutal. Il y a du Bernstein chez Steve Passeur dans ce goût de l'exceptionnel, du forcené. Le théâtre, il le dit lui-même, « consiste à raconter une histoire aussi mouvementée que possible » ; il faut qu'on puisse « toujours tomber sur une bribe de l'œuvre où il se passe quelque chose d'admissible et cependant d'imprévisible ». Il eût pu ajouter : de déplaisant, car ses héros – à qui il donne toujours la chance d'aller jusqu'au bout de leur personnage – sont odieux (telle Élisabeth de L'Acheteuse), ou tyranniques (telle Sidonie, la « bête noire » de la pièce du même nom), ou cyniques (telle Agathe des Tricheurs), ou violents (comme Duvernois de Suzanne), ou veules (comme Crétay dans la même pièce). On passe volontiers du marivaudage sadique (dans Les Tricheurs , où les personnages se croient obligés de faire souffrir pour mieux aimer) à une sorte de masochisme comme dans Suzanne où l'héroïne ne perçoit la possibilité d'échapper à la monotonie de l'amour qu'en épousant un brutal qui la battra.

Maître du verbe, Steve Passeur choisit les mots qui portent et qui blessent et, à cet égard, dans La Maison ouverte, le double dialogue – cruauté et attirance sexuelle inextricablement mêlées – entre, d'une part, une vieille fille, directrice d'une maison de retraite, et son pensionnaire plus âgé, de l'autre, entre une jeune fille et le neveu du pensionnaire, est un chef-d'œuvre du genre. Chez Steve Passeur, plus que chez aucun de ses contemporains, le seul sujet est l'amour, mais un amour-haine assez terrifiant.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
06/01/2024