MINYANA Philippe
Comédien et auteur dramatique français.
Sa première pièce, mise en scène par lui-même, date de 1979. Depuis, il a produit une trentaine d'œuvres, montées par les plus talentueux des jeunes metteurs en scène : Théophilidès*, Schiaretti*, Stéphanie Loïk, Cantarella* : Inventaires (1987), les Guerriers (1993), Anne-Laure et les fantômes (1999), la Maison des morts (2006), et avec le groupe musical des Trois 8, Pièces (2001), Ça va (2006), à qui le lie une complicité profonde ; Carlos Wittig dont le travail et la pensée l'ont beaucoup marqué ; d'autres encore, comme Aperghis* ( Jojo , 1988), Françon* et Cloos* pour Chambr es (1986 et 1992), FrédéricMaragnani, avec qui l'auteur co-met en scène le Couloir (2004).
Minyana est parti du théâtre de chambre, au sens strict où il construit son texte sur peu de personnages, affrontés à eux-mêmes dans de longs monologues ( Inventaires, André ) où la morsure du monde passe par une attaque insolite du langage. Le paradoxe est là : le théâtre de Minyana est pétri de pâte humaine, lourde, douloureuse, obscène, violente, dont la poésie pourtant s'impose, à être exsudée des objets et des corps saisis dans l'intime de leurs organes (la main pour Constance dans Les Guerriers , le pied pour Kos dans Chambres ). C'est, au sens le plus fort, une « imagination matérielle » (Bachelard) qui pousse Minyana à inventer une nouvelle langue orale où le déferlement de la parole (Inventaires ) est toujours lié à un objet que les personnages racontent et qui les ancre dans le réel. Ces objets-miroirs, le dramaturge les écrit avec une minutie d'entomologiste ou de cinéaste du gros plan, fragmentant son champ de vision – et du même coup dévidant ses récits – jusqu'à la miniaturisation.
Par son matérialisme poétique, Minyana réussit la difficile rencontre de la réalité brute (celle par exemple que livrent les faits divers) et de l'écriture la plus contrôlée : il transcende le quotidien et atteint à une dimension musicale du phrasé, fasciné qu'il est par les harmoniques de la parole, comme en témoigne Gang , spectacle théâtral et musical, opéra bouffon et satirique (m. en sc. Jean-Vincent Brisa, Grenoble, 1995).
Avec Drames brefs 1 (1995), Minyana rompt avec la tendance du récit de vie logorrhéique et inaugure un nouveau cycle théâtral, fondé sur les mécaniques, la citation, la fragmentation et l'extrême concision. Travaillant à raréfier la parole, l'auteur renouvelle aussi son personnel dramatique, en faisant appel à des figures* fortement empreintes d'imaginaire marionnettique.
L'invention de ce personnel est consubstantielle à la régénération du drame entreprise par l'auteur : recourir à un personnel réduit à de simples signaux de représentation est ce qui lui permet de distiller la fable et d'en extraire des miniatures dramatiques réduites à l'essentiel. Dans ce cycle théâtral (
Dans ses derniers textes (
Classement
Spécialité : 21ème siècle