MARCEAU Marcel
Pseudonyme de Marcel Mangel
Mime français au renom international.
Grand virtuose du geste, il s'est forgé un style personnel à l'écart des mouvements artistiques contemporains, au carrefour de la tradition pantomimique (mouvement et mutisme) et du mimodrame moderne (jeu plus émotionnel, ambiance dramatique). Si les scénarios de Marceau restent souvent anecdotiques, son adresse corporelle et son sens aigu du temps scénique en ont fait l'un des plus grands solistes du théâtre muet. Il a beaucoup d'imitateurs.
Élève de Decroux auquel il doit ses bases techniques du mime moderne (cours Dullin, 1944), Marceau a commencé par la figuration dans les mises en scène de Dullin. Acteur de la compagnie Renaud-Barrault de 1946 à 1950, il a joué l'Arlequin dans la pantomime Baptiste de Jacques Prévert. Il obtient en 1947 le prix Deburau au concours des Jeunes Compagnies (Je suis mort avant l'aube), avec la troupe de mimes qu'il a formée autour du Théâtre de Poche. Ses premiers spectacles sont composés de mimodrames. Parmi ceux-ci, Le Manteau, d'après Gogol (1951), est la création la plus remarquable. En 1952, il agrandit sa troupe et tente une résurrection de la pantomime (Pierrot de Montmartre). Après Mont-de-Piété (1956) et d'autres mimodrames comme Jardin public ou La Création du monde – il a créé trente mimodrames –, Marceau devra peu à peu renoncer à garder une compagnie permanente.
Il trouve un premier public dans quelques pays d'Europe, en Israël et en particulier en Allemagne de l'Ouest et de l'Est. Aux États-Unis il est accueilli, dès 1955, comme un grand soliste. L'URSS puis le Japon lui réservent un triomphal succès. Les télévisions mondiales contribuent à multiplier l'image du prestigieux mime français, dont la silhouette est composée du maquillage blanc des Pierrots traditionnels, d'un court gilet gris à gros boutons et d'un vieux chapeau claque orné d'une fleur rouge.
La réussite mondiale du style de Marceau procède d'une admiration inconditionnelle, dès son enfance, pour Charlie Chaplin, mais également d'une personnalité d'homme de théâtre né au croisement de plusieurs influences. Après avoir frôlé un nouveau tragique généré dans le silence avec ses premiers mimodrames – où se ressentaient l'influence des improvisations chez Dullin et celle des courants esthétiques formels venus d'Asie (nô, kabuki…) –, il s'est orienté vers les mécanismes éprouvés du mime comique. Son lyrisme personnel y apportait un souffle poétique nouveau. La pratique de son corps lui assurait une maîtrise de l'espace scénique. Les principales clés de cette « mime gesture » développée au long de plus de soixante Exercices de Style – qu'il nomma ensuite Pantomimes de Style – où l'on a retenu le fameux « Fabricant de masques » et l'abstraction symbolique « Adolescence, maturité, vieillesse et mort » – sont des règles expérimentées dès 1931 par Decroux avec son premier élève Barrault. On dénombre parmi celles-ci l'emploi systématique de la compensation musculaire appelée « contrepoids », les ellipses du mouvement expressif appelées « raccourcis », l'art des pauses ou attitudes et les appuis virtuels sur un point de l'espace appelé « points fixés ». Créateur de décors et d'objets invisibles sur la scène, à la différence des comiques du muet qui opéraient en milieu réaliste, Marceau a su transposer directement devant ses publics les règles mécaniques du mouvement, de l'équilibre, du rythme et de la respiration.
Le nom de son personnage, Bip, dont les mises en situation ont constitué une part très importante de son répertoire soliste (une cinquantaine de pantomimes de Bip) était une déformation du « Pip » des Grandes Espérances de Charles Dickens. C'est avec « Bip chasse le papillon » qu'il atteint le sommet de son art, représentant par le seul mouvement des phalanges la main du chasseur et l'aile du papillon agonisant. Grâce aux crédits accordés par le maire de Paris, Jacques Chirac, à partir de 1978, Marceau a pu ouvrir et entretenir durant vingt-sept ans une École internationale de mimodrame portant son nom. Elle attira de très nombreux étudiants étrangers. Il décida aussi de recréer une compagnie en 1993. C'est avec celle-ci qu'il remonta, quarante-deux ans après la création, son fameux mimodrame Le Manteau. La Nouvelle Compagnie Marcel Marceau se produisit encore à Prague, à Boston, puis en Italie jusqu'à l'année 2004. En même temps que fermait l'École, l'activité du mime prestigieux s'interrompit en octobre 2005, après une dernière représentation, en soliste, à Caen.
Bibliographie sélective
- Le mime Marcel Marceau , entretiens et regards avec Valérie Bochenek, [Paris] : Somogy, 1997
- Les sons du silence , Marcel Marceau, mime musicien, Nicole Narewski-Barriau, École-Valentin : Thespis, DL 2006
- Le Mime-Marcel Marceau , [Film de Dominique Delouche], Paris : les Films Racine, [s. d.]
- Bip piégé dans un livre , Marcel Marceau et Bruce Goldstone ; photogr., Steven Rothfeld, Paris : La Martinière, 2002
- Pantomime et théâtre du corps , transparence et opacité du hors-texte, sous la direction de Arnaud Rykner, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2009
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle