LEVIN Hanokh
Écrivain israélien, Levin est l'auteur d'une cinquantaine de pièces mais aussi de sketches, de chansons et de poésies. Metteur en scène, il a monté ses pièces dans une esthétique particulière, propre à l'onirisme cruel et au grotesque grinçant qui caractérisent son univers.
Levin, élevé dans une famille laborieuse et pratiquante (et son humour n'est pas loin de l'humour hassidique), s'imprègne des clivages de classe mais aussi « ethniques » (sépharades/ashkénazes, juifs/arabes) qui marquent Israël et qui vont resurgir, avec une insolence rebelle, dans la plupart de ses textes. Sa veine satirique fait scandale (une de ses premières pièces, Reine de la salle de bains au Caméri, en 1970, sera même retirée de l'affiche sous la pression du public). Il dénonce la société israélienne dans ses contradictions : l'occupation des territoires, le sentiment de victoire, les bavures militaires, l'injustice sociale, l'humiliation des sépharades… Beaucoup de ses comédies mettent en scène de pauvres types quelconques – des « shlemiels » version sabra – aux perspectives étroites et aux vies sans issue. C'est ce pessimisme critique qui dépasse la simple satire politique pour accéder à une véritable poésie bouleversante d'humanité. Voilà pourquoi nombre de pièces de Levin sont montées à l'extérieur du cadre contextuel d'un Israël pourtant explicitement pris pour cible.
En France, on a pu voir Yaacobi et Leidental, Marchands de caoutchouc, Kroum l'ectoplasme (monté par Warlikowski en cabaret expressionniste passablement érotisé, Odéon, 2007), L'enfant rêve (m. en sc. Braunschweig, TNS, 2006), Meurtre… Les dernières pièces de Levin prennent l'allure de grandes réécritures mythologiques (les Souffrances de Job, la Grande Prostituée de Babylone, les Pleurnicheurs). La langue forte, râpeuse, imagée, le rythme des phrases coupées qui tirent les dialogues vers le psaume, la provocation qui vire à l'absurde existentiel et à l'humour salvateur, la cruauté d'un pathétique tendre : tout concourt, chez Levin, à faire de son œuvre une épopée engagée contre l'homme et pour sa rédemption.
Bibliographie sélective
- Théâtre choisi , VI, Pièces mortelles, Hanokh Levin ; traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz et Jacqueline Carnaud, Montreuil : Éd. théâtralesMontpellier : Maison Antoine Vitez, impr. 2011
- Parce que, moi aussi, je suis un être humain , cabaret, Hanokh Levin ; traduit de l'hébreu et adapté par Laurence Sendrowicz, Montreuil : Éditions théâtrales, DL 2016
Classement
Spécialité : Moyen Orient et Monde arabe
- Israël
- 20ème siècle