DIDEROT Denis

Langres, 1713 - Paris, 1784

Le plus vivant peut-être des philosophes français du XVIIIe siècle, qui n'oublie pas d'être aussi, dans l'ordre de la fiction réaliste, un créateur. Son œuvre, considérable et très dispersée, comprend des ouvrages de philosophie, des romans, des contes, des volumes de critique d'art et une abondante correspondance.

En apparence, le théâtre n'occupe dans sa vie qu'une place restreinte ; il n'aboutit à des créations que pendant deux années, 1757 et 1758. En fait, la passion du théâtre vécu n'a cessé d'habiter Diderot, mais il s'est imposé moins comme auteur dramatique que comme théoricien. Il est le créateur du drame, intermédiaire entre tragédie et comédie et proposant des personnages bourgeois. Ses deux drames, le Fils naturel et le Père de famille, ont été peu joués, mais, publiés avec d'abondants commentaires, ils ont connu de très nombreuses rééditions et ont influencé la réflexion sur le genre nouveau. Le Fils naturel s'accompagne d'un substantiel développement intitulé Dorval et moi ou Entretiens sur le Fils naturel qui est un dialogue entre l'auteur et son principal personnage, Dorval. Le second drame paraît avec un petit traité, le Discours sur la poésie dramatique. Les drames eux-mêmes offrent des modèles de tons nouveaux, qui ne s'imposeront que lentement : invasion, pour le premier, d'une violente émotion, liée à l'exaltation de la vertu et, pour le second, passage de la fureur et de la tension à un attendrissement généralisé et inclus dans une peinture plus précise de la société.

Une dramaturgie en partie nouvelle se lit dans les opuscules théoriques de Diderot. Il reste classique sur bien des points. Il réclame les trois unités, les vraisemblances, le maintien de formes théâtrales cultivées par le siècle précédent. Mais il veut une morale plus affichée, une peinture plus fine de la réalité sociale (il propose avec prudence une théorie des « conditions » qu'il ne met guère en pratique), il prône les valeurs de l'invention, souligne la plasticité de l'œuvre dramatique et veut développer les aspects spectaculaires – notamment la « pantomime » – d'un théâtre resté très littéraire.

Le Paradoxe sur le comédien est le plus vivant et le plus actuel des écrits de Diderot sur le théâtre. Il le retravailla plusieurs fois dans ses dernières années sans se résoudre à le faire connaître ; la publication n'interviendra qu'en 1830. La thèse centrale est que le comédien (et, derrière lui, tout créateur) doit être l'observateur de sa propre sensibilité ; il se voit, se critique et se juge. Mais, et c'est là le vrai paradoxe, on a cru voir dans cet énigmatique dialogue la négation de la sensibilité elle-même. (Voir Acteur / comédien).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : 18ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 18ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
10/11/2023

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