COPI
pseudonyme de Raúl Damonte

Buenos Aires, 1939 - Paris, 1987

Humoriste, romancier, dessinateur argentin.

Copi s'est d'abord fait connaître, en 1966, au théâtre, par de courtes pièces (Sainte Geneviève dans sa baignoire, la Queue du poisson, Ce savon est à moi) dont il était l'auteur et l'interprète ; ses premiers metteurs en scène furent Savary qui créa plus tard l'Ombre de Venceslao (1978) et Lavelli qui monta entre autres Une visite inopportune en 1988.

Par son humour à la fois très reconnaissable et à peine indiqué (il y a un grand art de la distanciation dans le jeu de Copi), par une sorte d'innocence qui laisse au langage le soin de rattraper, comme il peut, les situations les plus insolites et d'y greffer ses commentaires, eux aussi imprévisibles, Copi réussit à faire que le fantastique, même le plus déroutant, aille de soi. Qu'est-ce qui distingue l'être du faire, le rêvé du vécu, le possible de l'incongru, voilà des questions qu'on ne se pose plus, en face de Copi, d'autant que l'on ne sait jamais tout à fait qui parle : un personnage sans doute, mais totalement enfermé dans la subjectivité de ses fantasmes, sur lequel le spectateur « raisonnable », avec ses catégories mentales usuelles, n'a aucune prise. Brèves (les Quatre Jumelles, 1973 ; Loretta Strong, 1974 ; la Pyramide, 1975 ; la Tour de la Défense, 1978) ou plus ambitieuses (la Journée d'une rêveuse  ; 1968 ; Eva Perón, 1969 ; l'Homosexuel ou la Difficulté de s'exprimer, 1971, surtout), les pièces de Copi développent les thèmes propres à la civilisation d'aujourd'hui (solitude, violence, angoisse de la vieillesse et de la mort, difficulté d'être) mais avec un tel accent personnel qu'il semble que l'analyse psychanalytique soit le mieux à même d'en rendre compte, au plus profond. Dans la mesure même où Copi revêt volontiers la défroque du pitre et recourt aux provocations de l'exhibitionniste pour mieux se dissimuler, ses qualités théâtrales en sortent exaltées : en objectivant, comme il le fait, ses pulsions sous forme d'êtres très concrets et dangereusement agissants, Copi apparaît comme un héritier d'Artaud. Son théâtre, qu'on aurait tort de prendre à la blague, joue à cloche-pied avec de sourdes menaces qui peuvent, au détour d'une image ou d'un mot, se métamorphoser en monstres dont le grotesque est plus inquiétant que risible. Dans Une visite inopportune, Copi met en scène sa propre mort sans qu'on sache à quel niveau de dérision ou de désespoir il se situe : il transforme le défilé des vivants (l'infirmière, le médecin, l'amant, les relations mondaines) en une loufoquerie pseudo-boulevardière. La seule visiteuse qui importe, la camarde, veille. Mais elle-même est mise en scène et c'est finalement le théâtre qui l'emporte, immortel. Une visite est, avec l'Homosexuel, la pièce la plus forte et la plus sombre de Copi. Arias, qui monta Eva Peron en 1970 et Cachafaz , en 1993, a été relayé depuis l'an 2000 par Martial di Fonzo Bo qui, avec sa compagnie des Lucioles a commencé par un hommage à Copi (Copi, un portrait), montage de différents textes, a continué par Eva Peron (2001) et par la Tour de la Défense (2005) : pièce qui tient du roman policier de gare et du vaudeville féroce. C'est d'une cocasserie à faire peur. L'étonnante vitalité de la mise en scène ne fait que mieux ressortir la solitude de ces êtres de rencontre, murés chacun dans leurs obsessions.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • France
  • Argentine
Période(s) :
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Corvin
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
10/11/2023

Pour aller plus loin

recherche.artcena.fr
Copi