CASTELLUCCI Romeo

Cesena, près de Bologne, 1960

 Metteur en scène italien.

Animateur du collectif Societas Raffaello Sanzio, il s'est affirmé comme un représentant majeur d'un théâtre « post-dramatique » européen fortement influencé par les arts plastiques et par les théories d'Artaud.

Après des études à l'Académie des Beaux-Arts de Bologne, il s'oriente vers la scène en 1981 et fonde à Cesena la Societas Raffaello Sanzio, hommage au peintre Raphaël, en compagnie de sa sœur Claudia et de sa femme Chiara Guidi. Ce parrainage d'un peintre n'empêche pas le groupe d'affirmer d'emblée son refus de la représentation : il revendique un « théâtre de parabole» qui s'adresse moins à l'intellect qu'à tous les sens du récepteur. Après les professions de haine de Santa Sofia Teatro Khmer (1986) contre toute tradition artistique, Castellucci et ses proches se tournent vers les mythes mésopotamiens (Gilgamesh, 1990) pour réécrire à leur manière l'origine de l'humanité.

S'ensuit une exploration très personnelle de grandes œuvres du répertoire occidental, d'Eschyle à Shakespeare. En contractant l'Orestie en Orestea (una commedia organica ?), en 1995, Castellucci effectue une traversée de l'histoire de l'art – de la statuaire grecque aux installations contemporaines, en passant par Bacon et Beuys –, et utilise des corps atypiques, obèses ou filiformes, mutilés ou génétiquement déformés, pour donner une dimension monstrueuse aux relations des personnages. Le théâtre « physique et concret » d'Artaud est servi à la fois par la violence des scènes de torture ou d'accouplement et par l'intensité des effets lumineux et sonores. Dans le cycle shakespearien, Hamlet devient Amleto, la veemente esteriorità della morte di un mollusco (1992), la tragédie d'un « fœtus mou » qui se complaît dans un non-être autistique, tandis que Giulio Cesare (1997) dénonce un discours politique vide de sens en faisant sortir la rhétorique, tel un langage de machine, du gosier d'un laryng ectomisé. Avec Combattimento (2000), d'après l'opéra de Monteverdi, la fascination pour les limites de la voix trouve un autre mode d'expression, tandis que s'affirme un intérêt pour les musiques, déjà sensible dans le concerto inspiré par le Voyage au bout de la nuit de Céline (1998).

La place du texte est secondaire dans ces spectacles et Castellucci s'affranchit du support littéraire dans Genesi. From the Museum of Sleep (1999). Pour évoquer la genèse et plus encore les avant-goûts d'apocalypse offerts par le XXe siècle, il s'appuie sur une « partition vocale et rythmique » de Chiara Guidi et une musique de Scott Gibbons. Ces éléments s'insèrent dans une composition totalisante de sons et d'images. De 2002 à 2004, la Societas crée les onze épisodes de la Tragedia endogonidia, chacun dans dix villes européennes, le premier et le dernier à Cesena, la ville-mère : des variations sur le tragique déclinant les motifs d'un langage propre au groupe. Castellucci emprunte des thèmes à la peinture ou à l'Histoire pour mettre en scène des affrontements humains souvent paroxystiques. Hey girl, créé à Paris en 2006, poursuit le dialogue entre nature et culture, corps exposé et allégories imposées, avec la même recherche de chocs sensoriels qui ébranlent mentalement les spectateurs.

Une autre mission de la « famille » Castellucci, depuis les années 1990, est de proposer aux jeunes spectateurs des créations conçues à partir de contes, en particulier un Bucchettino (le Petit Poucet, 1995) dont les spectateurs doivent se blottir dans de petits lits. Chiara Guidi a animé à Cesena, de 1995 à 1997, un atelier-laboratoire dans lequel des enfants jouaient librement avec leur imaginaire.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
10/11/2023

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Romeo Castellucci