BENEDETTO André
Poète, auteur dramatique, metteur en scène, animateur et comédien français.
1988 : Benedetto peut enfin disposer librement du lieu qu'il occupe depuis vingt-cinq ans, le Théâtre des Carmes, à Avignon. Il fait libérer la scène à l'italienne qui avait été murée, et le voici, comme Molière entrant au Petit-Bourbon : « Un vrai théâtre avec une vraie scène ! » (voir Molière au cœur, le spectacle d'ouverture). Mais il y a peu de chances de le voir écrasé sous le poids de la machinerie : son goût est plutôt pour une sorte de théâtre de bateleur. Sur un plateau nu, à l'aide de quelques accessoires, les acteurs réinventent le théâtre sous nos yeux.
C'est en 1963 qu'est fondée la Nouvelle Compagnie d'Avignon, pour laquelle Benedetto, avec une étonnante prolixité (près de 70 pièces), va se lancer dans l'aventure de l'écriture dramatique, un peu à l'image du premier Brecht (poète lui aussi). Il est à l'origine avec Gelas du lancement du Festival off d'Avignon. Dès le début, c'est la société contemporaine qu'il interroge à travers ses événements les plus brûlants : la guerre du Viêt-nam (Napalm, 1967), le mythe de « Che » Guevara (Zone rouge, 1968-1969). La dramaturgie est vive, prismatique (séquences courtes, thèmes qui s'entrecroisent, ruptures de ton). Après 1968, le propos se radicalise, des situations concrètes sont analysées à la lumière de Marx : le démantèlement des voies ferrées et le capitalisme monopoliste d'État (Le Petit Train de M. Kamodé, 1969), les ouvriers du Havre et la notion d'homme-marchandise (Emballage, 1970). Mais le lyrisme qui bouscule le plus souvent le didactisme propre aux Lehrstücke (Rosa Lux, 1970, est une ballade), va se mettre au service de la cause occitane (La Madone des ordures, 1973, est une cantate populaire sur le déracinement d'une famille du Midi ; Géronimo, 1974, est l'histoire du dernier chef apache, minoritaire, autrement dit provençal). Et dès lors Benedetto ne cessera de promener sa lanterne magique sur les territoires qui lui sont proches : les chantiers de Fos-sur-Mer, de Port-de-Bouc, la banlieue rouge de Bordeaux, le bassin minier de Ladrecht, les écluses du canal du Midi, la place Nationale de Montauban, les vignobles de Montredon, et bien sûr les quartiers d'Avignon, où un homme marche pour réveiller le monde. Au rêve occitan succède aujourd'hui la recherche de l'identité méditerranéenne. Benedetto invente allègrement des fables et des modes poétiques d'interpellation pour nous faire réfléchir sur la réalité quotidienne. Il fait réfléchir également sur la place du théâtre et le rôle de l'acteur dans notre société (Le Monologue de Sonia, Molière au cœur, Acteur sud…).
Son œuvre généreuse ouvre ses pages à tous les problèmes actuels : malaise des banlieues, faits de société, condition de la femme… dans Djebel amour (1983), Le monde est là, Mandela (1988), Squat-connexion (1990), Nous les Eureupéens (1992), Rigobeta met les voiles (1995), La Dégustation des flambeaux (1997), Le Jour où je me suis installé à la Présidence (1997)…
Bibliographie sélective
- Théâtre , André Benedetto, Paris : P.J. Oswald, 1976-
- André Benedetto, la chute des murs , Société d'histoire du théâtre
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle